La panthère des neiges : éduquer par la beauté

Au cœur des hauts plateaux tibétains, le photographe Vincent Munier entraîne l’écrivain Sylvain Tesson dans sa quête de la panthère des neiges. Il l’initie à l’art délicat de l’affût, à la lecture des traces et à la patience nécessaire pour entrevoir les bêtes. En parcourant les sommets habités par des présences invisibles, les deux hommes tissent un dialogue sur notre place parmi les êtres vivants et célèbrent la beauté du monde.


Alors que la situation planétaire est au centre des interrogations et des luttes, le cinéma s’empare de ce sujet en le traitant sous différents angles. Là où les médias peuvent être catastrophistes (à raison), le 7ème art sert ce propos de façon plus légère (mais non moins percutante) ou poétique, le film dont nous allons parler est de ceux-là !

Je vais commencer par enfoncer une porte ouverte : bordel que ce film est incroyablement beau. Tout y est esthétique. On se perd dans la brume, décortique les horizons en contre jour, sourit devant le comportement de petits mammifères. Honnêtement, je n’en attendais pas moins de Vincent Munier dont j’admirais le travail depuis plusieurs années. Il était déjà à l’origine de deux films en 2012 et 2019, respectivement Abyssinie, l’appel du loup et Ours simplement sauvage. La majeure partie de son travail étant la photographie animalière, domaine dans lequel il fait figure de maître, il est l’auteur de plusieurs livres et de nombreuses expositions. On ressent bien la patte du photographe dans le choix des cadres et la justesse avec laquelle le paysage est découpé. D’ailleurs rendons hommage au travail de Marie Amiguet, co-réalisatrice du film, connue pour sa participation à d’autres documentaires animaliers, dont l’excellent Marche avec les loups de Jean-Michel Bertrand pour lequel elle officiait en tant que cadreuse. Autant dire que le film est clairement porté par des grands professionnels, et ça se voit. A voir sur grand écran absolument !

Je ne m’attarderai pas sur le sujet principal du film, la panthère des neiges, les deux protagonistes la décrivant bien mieux que moi. Mais d’ailleurs, est-ce bien le sujet principal de ce long métrage ? Bien sûr la quête de l’animal rythme l’aventure et c’est la raison pour laquelle sont réunis les deux hommes, Sylvain Tesson et Vincent Munier, dont la rencontre est également un axe central, la voix de l’écrivain égrenant le temps de ses réflexions et de son admiration pour le photographe. Toute la profondeur de l’œuvre vient peut être de là, de cette introspection du grand voyageur Tesson sur sa façon de parcourir le monde face au contemplatif Munier errant dans des paysages sans cesse plus loin de la frénésie humaine. On peut donc se dire qu’il s’agit là du véritable sujet du film mais ça serait oublier la nature qui les entoure. Car oui, la nature est clairement le principal protagoniste de La panthère des neiges et c’est par elle que le long métrage tient sa force la plus pure. 

J’en reviens donc à mon premier paragraphe car ce film se place bel est bien comme une vraie œuvre écologiste et militante. Je regrette d’ailleurs que le sujet soit explicité par Vincent Munier car il aurait gagné à rester en sous texte pour y gagner encore plus en puissance. Le message est là et il n’a pas besoin de chiffre ou de parole pour nous saisir. Chaque angle de vue ou parade animale semble nous crier au visage que la vie est là, partout, si tant est qu’on la laisse en paix. On termine d’ailleurs ce film baigné dans une tendre mélancolie car malgré le fatalisme qui nous assaille, l’espoir reste là, dans les yeux de jeunes tibétains joueurs ou dans la brume flottant sur les plaines qu’ils parcourent gaiement, vaste terrain de jeu sauvage. Il s’agit là d’une preuve, s’il en fallait une, que l’on peut alerter par la beauté de l’art et sans être anxiogène ou vindicatif. Dans le fond, puisqu’une image vaut mieux que mille mots, autant qu’elle soit belle comme une photographie de Vincent Munier. Je finirai par une citation de ce même Vincent Munier provenant du livre rédigé par Sylvain Tesson lors de leur périple au Tibet : « On m’en veut d’esthétiser le monde animal, se défend-il. Mais il y a suffisamment de témoins du désastre ! Je traque la beauté, je lui rends mes devoirs. C’est ma manière de la défendre. ».


La note
9/10

Note : 9 sur 10.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.