The Father

The Father est un film britannique sortie en 2021 et réalisé par l’auteur de théâtre français Florian Zeller. C’est une adaptation de sa pièce à succès Le Père, ici avec Anthony Hopkins et Olivia Colman dans les rôles principaux. 

Synopsis : The Father raconte la trajectoire intérieure d’Anthony, 81 ans, atteint de la maladie d’alzheimer et qui se perd à petit feu. Face à ses difficultés, sa fille Anne tente de l’accompagner comme elle peut. 


Comme l’a dit Florian Zeller lui-même, cette proposition fonctionne certainement au théâtre, mais le genre cinématographique offre un champ des possibles inégalable pour se plonger dans l’horreur de la maladie. Elle offre l’opportunité d’une expérience immersive unique pour le spectateur, que le genre théâtral ne peut embrasser pleinement. 
Toutefois, cette adaptation ne fait pas perdre sa forme à l’oeuvre et son origine se ressent : il s’agit d’un huit clos en appartement, avec assez peu de décors et une forme relativement simple. Si cela pourrait être vu comme un point négatif, c’est au contraire ce qui confère à l’oeuvre sa puissance. 

Pour être très honnête, j’ai presque peur de rentrer dans le détail, et honnêtement, je me dois de vous conseiller de voir le film vierge de toutes informations complémentaires, sans bande annonce. C’est comme cela que je l’ai découvert, ce qui a renforcé la sensation de perte de repères. 
Alors même si je ne vais pas spoiler, vous feriez mieux de voir le film avant, et de revenir nous voir après (je compte sur vous !). 

Car effectivement, le film est avant tout une expérience sensitive profondément humaine. Là ou un film classique voulant aborder le sujet de la démence et de la maladie d’alzheimer nous aurait certainement proposé une histoire touchante mais relativement descriptive, The Father cherche à pousser le curseur plus loin et à mettre le spectateur face à la terreur, le plonger dans la tête du personnage. 
Vous l’aurez compris, le film nous place du point de vue d’Anthony. La maladie d’alzheimer entraîne pour la victime une perte de repère totale à cause d’une mémoire qui lui joue des tours, et c‘est exactement ce que va ressentir le spectateur lui même. 
Grâce à un montage minutieux, le film créer de la confusion, que ce soit par rapport à la notion du temps, de l’espace, et même des autres : on se sait plus qui est qui, si ce que nous voyons est la réalité ou un simple rêve, et on ne sait parfois même plus si nous avons déjà vécu cette situation ou non. 

C’est en cela que le film est profondément humain : il ne traite pas de la maladie en surface, mais nous impose ici d’entrer en empathie complète avec le malade. En fait, nous n’avons pas le choix puisqu’on se retrouve malade avec lui. 

Comment mieux nous faire comprendre ce qu’est Alzheimer ? 

On voit souvent dans les films, et même parfois dans la réalité, des gens atteint de ce genre de démence et qui en viennent à se demander où ils sont, voir même qui ils sont. C’est toujours assez troublant de s’y retrouver confronté, et dans ces moments là, même si nous ressentons de la compassion, on pense aussi que la personne ne se rend pas compte de ce qui lui arrive. 
À titre personnel, j’ai travaillé dans un établissement de prise en charge de personnes âgées, dont beaucoup malheureusement souffrait d’alzheimer. 
Je me suis retrouvé dans cette position. 
Mais ce n’est qu’avec ce film que j’ai compris ce qui est selon moi le plus atroce : contrairement à ce que l’on pense, les gens atteint de la maladie se rendent bien compte de leur condition. On est face à des personnes qui ne sont plus assez présentes pour comprendre la réalité qui les entoure, mais encore trop pour essayer de la comprendre et réaliser qu’ils perdent la tête. 

Imaginez une seconde l’horreur de vous retrouver englouti par un esprit que vous ne maitrisez plus, mais qui vous laisse tout de même une petite place pour réaliser que vous êtes en train de vous perdre. 

Le film revêt presque la dimension d’un film d’horreur si ces thématiques vous sont chères, et c’est en réussissant le pari de nous plonger dans cette horreur que le film est un succès total selon moi. 

Il reprend d’une certaine manière le concept de Shutter Island, un film purement mindfuck. Mais là où ce dernier tente de nous retourner le cerveau pour un pur plaisir scénaristique et cinématographique, The Father se sert de la folie dans un but profondément humain : plus que nous faire comprendre ce qu’est la maladie, il veut nous la faire vivre, poussant le concept de l’empathie à son paroxysme. 
Il ne se satisfait pas de la mentalité actuelle qui consiste à être emphatique en surface, à comprendre la détresse, mais de loin, à avoir de la peine pour autrui, mais sans plus. Non, il nous rend malade nous même, nous rappelant que les catastrophes n’arrivent pas qu’aux autres, et que la bienveillance et l’empathie sont des valeurs à ne jamais perdent de vue, surtout face à ceux qui sont vraiment vulnérables. 

Évidemment, si le film fonctionne à ce point et qu’il me permet d’en faire cette analyse, c’est grâce à une maîtrise technique indiscutable à tous niveaux. Comme je l’ai dit, le propos ne peut fonctionner sans un montage rigoureux et parfaitement réussi. 
Le corps d’Anthony Hopkins éprouve le message du film et c’est de loin l’une des prestations les plus exceptionnelles qu’il m’est été donné la chance de voir. 
Olivia Colman, une immense actrice, parvient sans peine à nous faire ressentir la détresse que la situation créer pour les proches. À ce niveau, le film ne culpabilise jamais ceux qui essaient d’aider les malades, en nous faisant comprendre à quel point cela peut être éprouvant, justifiant à l’évidence des choix que nous pourrions d’ordinaire critiquer. 


Si je devais résumer ce film en trois mots (comme sur les affiches que l’on voit dans le métro) : Puissant, Éprouvant, Déchirant. 
Un chef d’oeuvre de maîtrise.


La note :
9/10

Note : 9 sur 10.

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